www.liberaalarchief.be
CONGRÈS DOCTRINAL
BRUXELLES, 28 et 29 avril 1951
RAPPORTS adoptés par le Congrès


INTRODUCTION


          La vie politique, économique, sociale de l'Europe occidentale se transforme tous les jours.
          De nouvelles thèses, de nouveaux problèmes surgissent. Des forces collectives apparaissent qui prétendent supplanter les doctrines et les partis fondés sur le respect de l'individu. Les idéologies communistes et fascistes s'emparant violemment de certains esprits et proclament le déclin de notre système de pensée occidental. Le socialisme, de son côté, prétend représenter la seule forme authentique de démocratie sociale et impose ses formules étatiques dans divers pays. Le socialisme chrétien, soumis à des influences disparates dont la religion est le seul lien véritable, est à la fois démagogique et d'esprit rétrograde, peu respectueux de la liberté intellectuelle, ennemi de l'émancipation de la femme.

          QUELLE EST, DANS CE CHOC DES DOCTRINES, LA PLACE DU LIBÉRALISME? SON MESSAGE EST-IL ENCORE ACTUEL? QU'A-T-IL À DIRE AUX HOMMES D'AUJOURD'HUI?

          Les exposés qui suivent tentent de faire le point. Ils ne s'arrêtent pas aux limites d'un programme à réaliser immédiatement; ils remontent aux sources. Dans la vie d'un parti, l'action de ses chefs, l'élaboration et la défense de son programme politique ont leur importance. Mais aucune influence durable ne peut s'exercer si elle n'est fondée sur des doctrines, sur des principes de base qui forment la conviction des individus, commandent leurs actes, expriment leur idéal et vont jusqu'à former leur personnalité.

          Chaque génération doit faire son examen de conscience.
          Les pages qu'on va lire représentent, pour le libéralisme belge, cet effort.




L'ÉTAT ET LES PARTIS


          Les partis politiques envahissent petit à petit toute la vie de la Nation. Chaque année, ils pénètrent dans de nouveaux secteurs jusqu'alors demeurés à l'abri. Le fait et, pour le dire tout de suite, le mal est flagrant.

Légitimité des partis.

          En démocratie, les partis politiques sont légitimes. Ils sont nécessaires. Ils sont la conséquence logique de la liberté politique. Il est normal que les hommes ayant les mêmes conceptions politiques se groupent pour les défendre et les faire triompher. Il est utile que les partis orientent la vie de l'Etat, établissent les programmes entre lesquels les citoyens ont à choisir, portent au pouvoir les hommes ayant la charge de les réaliser. Il en va ainsi dans tous les pays de régime représentatif et de libre suffrage.

Abus des partis.

          Mais les partis politiques exagèrent. Sortant de leur rôle normal, ils envahissent tout et si l'on n'y prend garde, ils altèrent l'esprit public.

          Il n'est pas normal que les partis interviennent directement dans la nomination aux hautes charges publiques; qu'ils écartent des fonctions ministérielles des hommes parfois éminents dont le seul crime est d'être soucieux de l'indépendance de leur pensée; qu'ils se mêlent des nominations de gouverneurs de province ou de hauts fonctionnaires que la Constitution réserve au Chef de l'Etat sous le contreseing ministériel.

          Il n'est pas normal qu'avant de nommer un président, un juge, un directeur général, on ne demande pas d'abord: "Est-il compétent, est-il honnête?" mais bien: "Quelles sont ses opinions?"

          Il n'est pas normal que le parti au pouvoir réserve toutes les charges publiques à ses adhérents, incitant ainsi les autres à agir de même quand la faveur politique aura tourné.

          Il n'est pas normal que le parti qui gouverne, non content de réaliser son programme économique et sociale, ce qui est son droit et son devoir, distribue l'argent de l'Etat à sa clientèle électorale.

          Il n'est pas normal que les partis deviennent de gigantesques syndicats d'intérêts particuliers dont le premier souci soit de conquérir le pouvoir pour satisfaire leurs adhérents. Le rôle grandissant de l'Etat, distributeur de places, subsides, allocations, pensions, contingents et priorités, pousse dangereusement à cette évolution.

          Il n'est pas normal que le citoyen pense de plus en plus qu'un appui politique est indispensable pour obtenir de l'administration les services normaux qu'elle doit rendre à tout le monde.

Honnêteté de la vie politique belge.

          Ces déviations et ces abus sont flagrants. Aucun parti ne peut s'en déclarer totalement innocent. Mais le Parti Libéral – moins prisonnier que les autres d'une clientèle confessionnelle ou sociale – est le mieux placé pour lancer un cri d'alarme et tenter un effort de redressement.

          Avant de l'entreprendre, il importe de souligner que si la vie politique belge est trop dominée par l'esprit de parti, elle est néanmoins un exemple d'honnêteté politique. En Belgique, on n'achète pas les ministres et les parlementaires, on n'obtient pas grand-chose par la corruption, les scandales financiers sont rares et les hommes publics ne s’enrichissent généralement pas par la politique. Cela doit être dit.

Remèdes aux excès.

          Les pouvoirs constitutionnels du Chef de l'Etat sont un contrepoids précieux à l'abus des majorités politiques. Le pouvoir royal est, par lui-même, la sauvegarde des minorités. Il importe de ne pas l'affaiblir.

          Délimité par la Constitution, défini dans ses contours par une longue tradition, précisé dans certains de ses aspects par les travaux de la Commission d'étude des principes constitutionnels, il doit être préservé dans son intégralité. La crise royale qui a secoué le pays pendant dix ans, ne doit pas avoir pour effet d'amoindrir les pouvoirs constitutionnels et légitimes du Chef de l'Etat assisté et couvert par ses ministres. Le Parti Libéral, qui a puissamment contribué à la solution actuelle du problème royal qu'il avait préconisée dès le début, se doit de veiller à maintenir intacts les pouvoirs du Chef de l'Etat, respectueux lui-même des garanties constitutionnelles.

          Autre remède: combattre le principe du régime de la liberté subsidiée, en tant qu'il s'applique à des organisations poursuivant des buts politiques et confessionnels.

          L'octroi de crédits de l'Etat à des organismes privés ne devrait, en toute hypothèse, être consenti qu'en vertu de critères non discriminatoires, consacrés par la loi, de manière à limiter l'arbitraire ministériel, supprimer les subventions inspirées par des considérations partisanes et éviter le gaspillage des derniers publics.

          Bien des remèdes encore peuvent être envisagés; ils surgiront naturellement comme la conséquence d'un nouvel état d'esprit qu'il faut créer et dont l'opinion publique saluerait sans doute la naissance avec une véritable satisfaction.

Majorité et minorité.

          La division des esprits née de la crise royale, la réapparition d'un gouvernement homogène ont donné une nouvelle actualité à la question des droits et des devoirs de la majorité et de la minorité. C'est encore le problème de la légitimité et des limites de l'action des partis politiques qui est ainsi posé.

          Chacun a la tendance de ne considérer que son point de vue. Le parti majoritaire estime qu'il exerce légitimement le pouvoir; il en conclut qu'il a le droit de tout faire et toute opposition à ses desseins lui semble une atteinte à ses droits et au jeu normal des institutions. La minorité, elle, trouve que la politique de la majorité est mauvaise, elle cherche à en entraver le développement; de là à utiliser les moyens excessifs il n'y a qu'un pas et la tentation est forte de le franchir.

          Le problème se résoudrait plus aisément si, au lieu de parler des droits, on parlait des devoirs.

          La majorité a ses devoirs. Elle doit respecter les sentiments de la minorité; elle doit éviter toute politique de provocation; elle doit se garder de tout ce qui donnerait à son action l'apparence d'un abus de pouvoir.

          Mais, en outre et surtout, elle doit éviter de résoudre à son profit et par ses seules forces les problèmes moraux qui touchent aux sentiments les plus profonds et les plus intimes de la population. Pour la solution de ceux-ci, un large accord débordant les frontières des partis est indispensable. Un gouvernement de droite n'a pas pu hier imposer sa solution de la question royale. Un gouvernement de gauche ne pourrait pas davantage demain, s'il en avait jamais l'envie, violenter la conscience des catholiques. Et il y a péril, aujourd'hui, à vouloir heurter le sentiment public par une politique de complaisance à l'égard de l'incivisme. Il en serait de même si la majorité prétendait, par sa seule volonté, suspendre, sous prétexte de péril extérieur, les garanties normales de la vie constitutionnelle.

          La minorité a aussi ses devoirs, pour autant que la majorité observe les siens. Elle a celui de ne pas empêcher, autrement que par des moyens légaux, la majorité parlementaire et le Gouvernement qui en est issu de réaliser leur programme; ses armes normales sont la discussion, le vote, la campagne de presse, l'appel à l'opinion et non la violence.


*
* *


          Telle est al conception que le libéralisme se fait du rôle, de la légitimité et des limites de l'action d'un parti politique. Convaincu mais non sectaire, animateur mais non oppresseur, respectueux de la légalité, conscient de ses devoirs envers le pays autant que de ses droits, tel il aspire à être, rassemblement de bonnes volontés, guide de l'opinion, serviteur d'un haut idéal.




LA DÉMOCRATIE POLITIQUE ET LES LIBERTÉS PUBLIQUES


          Le conflit est ouvert, partout dans le monde, entre les régimes à base de liberté personnelle et les régimes totalitaires.

          Sous prétexte d'assurer la sécurité des individus ou la grandeur de l'Etat, les régimes fascistes, hitlériens ou communistes s'emparent des hommes, de leur activité, de leur esprit, de leur âme.

          Embrigadé dans l'économie, endoctriné par la propagande, surveillé par la police, espionné dans ses relations, ses conversations, ses lectures et ses amitiés, poursuivi sans formes, arrêté sans garanties, drogué jusqu'aux aveux spontanés, pendu pour déviationnisme comme il était hier brûlé pour hérésie, l'homme est ravalé par l'Etat totalitaire à l'état de machine ou de numéro.


*
* *


          Contre ces formes modernes de la barbarie, le libéral affirme résolument le respect de la personne. Un régime politique n'est pas progressiste mais rétrograde qui ne permet pas au citoyen de choisir son culte, son parti, son journal et ses amis. Aucune considération économique ou sociale ne justifie la suppression de ce qu'il y a de supérieur en l'homme, la liberté spirituelle. Les hommes ne l'ont pas conquise par vingt siècles de lutte contre les clergés et les tyrans pour la sacrifier aujourd'hui à l’oppression de l'Etat.

          La tâche de l'Etat n'est pas de supprimer l'originalité chez l'individu, mais, au contraire, d'en concilier le respect avec les nécessités de la vie en commun. Il est vrai qu'il n'y a pas de société sans organisation, et le libéralisme actuel ne se confond pas avec l'individualisme anarchique du XIXe siècle, socialement périmé. Mais il est non moins vrai que sans liberté il n'y a plus de civilisation humaine.


*
* *


          Il ne suffit pas d'affirmer la liberté de l'homme, il faut aussi l'organiser et la défendre. L'organiser, c'est lui assurer le contrepoids de la responsabilité réelle de tous ceux qui en usent. Pas de liberté sans responsabilité. La défendre, c'est faire front contre toutes les formes renaissantes de la tyrannie qui la mettent en péril. Pas de liberté sans combat.


*
* *


          L'histoire du libéralisme se confond avec celle de la liberté de conscience et d'opinion. Il a toujours affirmé son respect des convictions philosophiques, religieuses et politiques.

          Chaque époque voit renaître des fanatismes contre lesquels il faut défendre le droit de l'homme de penser autrement que son groupe social. Ce n'est pas parce que notre pays est adversaire du communisme stalinien qu' l'Est a toujours tort et l'Ouest toujours raison. Les liens de solidarité occidentale, nés d'un péril commun, ne doivent pas aboutir à faire régner chez nous une espèce de conformisme intellectuel.

          Le libéralisme distingue entre les idées, qui sont permises, et certaines activités contre lesquelles il faut se défendre. Il est légitime et nécessaire que l'Etat se protège contre les activités subversives des cinquièmes colonnes, mais nous ne croyons pas qu'on lutte efficacement contre des idées avec des gendarmes, et nous nous souvenons que dans les combats de l'esprit on ne doit utiliser que les armes de l'esprit.


*
* *


          La liberté de la presse était considérée par les Constituants comme la sauvegarde de toutes les autres libertés. Il en est encore ainsi aujourd'hui. Le's régimes autoritaires ne s'y trompent pas : que ce soit à Prague ou à Buenos-Ayres, ils s'attaquent à la presse libre d'abord. Car là où il y a pluralité de journaux indépendants, il n'y a ni vérité officielle ni vérité unique.

          La presse a ses droits et ses devoirs. On a défini ses droits: "libre accès aux nouvelles, libre expression des opinions, libre publication des journaux". Ils comportent le droit de s'exprimer en pleine indépendance sans crainte des hommes au pouvoir. Ils comprennent aussi des conditions d'égalité de concurrence: même accès aux nouvelles, aux facilités télégraphiques, téléphoniques et postales.

          Ses devoirs? Respecter la vérité, ne pas diffuser sciemment de fausses nouvelles, traiter avec équité ses contradicteurs.

          Si la liberté de la presse est en ce moment assurée, sa responsabilité reste à organiser. La diffusion volontaire d'informations fausses n'est pas punie par la loi; la calomnie systématique abritée derrière les lenteurs et l'inefficacité des procédures judiciaires, échappe en fait à toute sanction. De mauvaises habitudes, des procédés déloyaux se sont installés ici ou là. Il appartient avant tout au pouvoir judiciaire et aux organismes professionnels de restituer dans l'esprit public la notion de la responsabilité de la presse, corollaire nécessaire de sa liberté. Peut-être l'Angleterre, pays de la presse libre même en temps de guerre, mais pays des lourdes amendes pour les diffamateurs, a-t-elle quelque leçon à nous donner.


*
* *


          Liberté de l'Enseignement? Nul ne songe à y porter atteinte. Qui veut ouvrir une école peut le faire: il ne peut y avoir de monopole pour les pouvoirs publics. Mais le droit d'enseigner n'emporte pas celui d'obtenir des subsides.

          Que demain on ouvre dans tout le pays des écoles marxistes où l'on enseignerait aux enfants la lutte des classes, des écoles communistes où l’on formerait de petits staliniens, et l'Etat serait obligé de les aider par des subventions? Thèse insoutenable.

          Le vœu du libéralisme est que la sollicitude n'aille pas aux institutions qui poussent à la division des citoyens, mais, au contraire, à celles qui s'efforcent – comme l'école publique et nationale – de les rassembler par-delà les divergences politiques, philosophiques et religieuses, et de les unir.


*
* *


          Liberté d'association et de réunion: elles ne sont pas discutées dans leur principe, mais il arrive qu'on y porte atteinte en fait. La Constitution ne permet pas de mesures préventives en cette matière, et la surveillance policière des réunions publiques par les représentants de l'autorité doit prendre fin. Les limites de ces libertés sont suffisamment tracées dans la loi pénale. Il n'est pas besoin d'en prévoir d'autres.


*
* *


          La démocratie politique ne trouve pas uniquement son expression sur le plan de l'Etat.

          Elle doit se manifester aussi dans les activités des pouvoirs locaux.

          La Constitution, en son article 108, consacre l'attribution aux conseillers provinciaux et communaux de tout ce qui est d'intérêt provincial et communal, sans préjudice de l'approbation de leurs actes, dans les cas et suivant le mode que la loi détermine.

          Le libéralisme s'insurge contre toute atteinte portée à l'autonomie ainsi définie par la Constitution et s'oppose à ce que la tutelle de l'autorité supérieure devienne une tyrannie ou une dictature.


*
* *


          Le libéralisme n'est pas seul à se proclamer le défenseur des libertés publiques. En maintes circonstances, les catholiques et les socialistes affirment leur attachement à un régime politique respectueux de la personne humaine.

          Il y a là un hommage rendu à la force de l'idée libérale qui a petit à petit pénétré dans de larges couches de la population et débordé bien au-delà des frontières du Parti Libéral.

          Mais si l'on peut dire que le libéralisme imprègne la vie publique belge tout entière, il importe cependant que les libéraux soient vigilants. Ils ne peuvent compter sur leurs adversaires aux inspirations dogmatiques pour défendre la liberté, toutes les libertés. Les milieux catholiques restent encore très fortement imprégnés de l'ancien esprit de domination et cette mentalité se révèle dans la manière dont ils traitent tant leurs propres non-conformistes que leurs adversaires politiques. Quant aux socialistes, leur respect de la personne s'évanouit dès que, par l'action directe et la contrainte du nombre, ils veulent porter atteinte à la liberté du travail et, comme en Grande-Bretagne, à la liberté d'association.

          Seuls les libéraux ne transigent pas quand les libertés individuelles sont en jeu.

          La tâche du libéralisme politique n'est jamais achevée. L'effort doit être constant pour assurer le respect de la liberté, sans cesse menacée par les contraintes et les oppressions renaissantes. Les formes de la tyrannie changent, mais le combat contre elle est éternel. C'est celui que le libéralisme mènera toujours.




DÉCLARATION DES DEVOIRS DU CITOYEN


          Depuis un siècle et demi, il a été surtout question des droits de l'Homme. Il est temps de rappeler au citoyen qu'il a aussi des devoirs.

          La vie publique est de plus en plus encombrée de groupements à but revendicatif. Qu'ils soient économiques, sociaux, professionnels, syndicaux, régionaux ou locaux, tous montent à l'assaut de l'Etat. Les pouvoirs publics finissent par succomber sous le poids de ces sollicitations, tandis que les citoyens s'habituent à cultiver perpétuellement la revendication de leurs droits.

          Il est grand temps de restaurer la notion du devoir. Avant de réclamer, il faut apporter: il n'y a pas de société possible si l'on ne commence par mettre en commun sa bonne volonté et ses efforts.

          En temps de guerre, cette notion est claire à l'esprit de tous. Chacun sait qu'il doit contribuer à la défense du pays, et le mépris de la nation marque ceux qui cherchent à s'y soustraire.

          Mais le Belge qui veut bien donner son sang à la Patrie lui dispute son argent.

          En temps de paix, la conscience de ce devoir est plus vague encore: le déserteur du service militaire, le fraudeur de l'impôt, le resquilleur des obligations collectives sont-ils marqués de la déconsidération publique qui devrait les atteindre? Qui oserait le prétendre?


*
* *


          Que chacun se frappe la poitrine et non celle de son voisin.

          Le bourgeois qui dénonce les abus du chômage trouve normal de frauder le fisc. L'ouvrier qui déclame contre l'évasion fiscale fraude la sécurité sociale et l'assurance maladie- invalidité. Chacun condamne avec indignation les fautes d'autrui, mais trouve des trésors d'indulgence pour celles de son propre milieu social.


*
* *


          Nous pensons qu'un grand effort de droiture et de dévouement s'impose à tous afin de restaurer la notion de civisme.

          Le civisme, ce n'est pas seulement l'accomplissement des devoirs politiques et militaires en temps de guerre; c'est l'exécution de tous les devoirs de loyauté et de dévouement du citoyen, c'est le respect de la propriété de l'Etat (voler l'Etat, c'est voler), c'est le paiement des impôts, c'est la réponse exacte aux questionnaires administratifs, c'est l'utilisation des nouveaux droits sociaux dans un esprit de collaboration et non de revendication, c'est la recherche non de l'égoïsme mais de la justice, c'est l'apport – dans la vie en commun – d'un esprit d'équipe et de service social.


*
* *


          Toute la mentalité de notre vie publique et de notre vie sociale est à transformer.

          Durant toute son existence, le Belge est traité non pas comme un citoyen libre et responsable, mais comme un délinquant présumé. Depuis son enfance jusqu'à sa mort, il est surveillé, soupçonné, traité comme un menteur et comme un malhonnête homme. Rarement on le croit sur parole, rarement on fait appel à sa bonne volonté, à son effort spontané, à sa droiture. Il y est tellement habitué qu'il ne s'en indigne plus. Pour lui, l'autorité s'identifie à un formulaire, un guichet ou une sanction. Ce n'est pas ainsi qu'on forme des hommes libres, responsables et moralement majeurs.

          Nous demandons qu'on change ce climat.

          - Qu'à l'école, première base de ce nouveau départ, on croie les enfants sur parole, qu'on leur apprenne à se conduire par eux-mêmes, non par peur des sanctions, mais par discipline et fierté personnelles. Cette méthode est déjà appliquée parfois, mas elle devrait être généralisée.

          - Que dans la vie sociale on supprime la plupart des contrôles, mais qu'on punisse sévèrement les fraudeurs.

          - Que l'on apporte plus d'honnêteté dans les devoirs de la vie courante et un plus grand sens de la responsabilité; ainsi, par exemple, qu'on puisse entrer dans les gares et en sortir librement sans faire contrôler son billet, mais qu'on punisse de prison celui qui voyage sans payer.

          - Que dans les administrations on supprime la plupart des formalités, attestations, extraits, visas, légalisations de signatures; que le citoyen soit cru sur son affirmation, mais qu'à la première fraude il soit condamné à trois jours de prison sans sursis.

          - Qu'on cultive chez chacun le sentiment de sa responsabilité personnelle, de la nécessité de donner l'exemple, de la valeur d'un oui ou d'un non et qu'on enseigne aux hommes que le bien de l'Etat dépend moins des actes du Gouvernement que du comportement de chaque citoyen en particulier.


*
* *


          Les Belges ne sont pas moins capables que les Anglais ou les Scandinaves d'honnêteté, de fair-play et de civisme.

          Encore faut-il y faire appel.

          La formation cléricale, fondée sur la soumission, a beaucoup contribué à endormir le sentiment de la responsabilité personnelle des citoyens. Il nous appartient, à nous libéraux, de le réveiller.

          C'est un immense effort à poursuivre. Mais il en vaut la peine. Car un pays où les citoyens, hommes et femmes, acquièrent le sens de leur responsabilité sociale est un pays transformé et rénové.

          C'est dans cet esprit et dans cet espoir que le libéralisme adresse à l'opinion publique belge cette déclaration des devoirs du citoyen.




POSITION DU LIBÉRALISME EN MATIÊRE ÉCONOMIQUE


          Le libéralisme est avant tout doctrine d'effort et de solidarité.

          Il croit à la vertu de l'initiative privée, de l'esprit d'entreprise, de la responsabilité personnelle, qui sont les meilleures sources d'énergie humaine, de production de richesses, de progrès social.

          Il croit aux vertus de la liberté. Mais il sait que cette liberté a ses limites.

A. – Vertus de la liberté

          Le libéralisme croit à l'utilité de la concurrence qui, dans l'intérêt général, encourage les efforts, améliore la qualité, diminue les prix, stimule la productivité.

          Il croit à l'économie de marché qui, par le libre mécanisme des prix, maintient l'équilibre entre les quantités de marchandises offertes et les quantités demandées, évite la pénurie comme le gaspillage.


*
* *


          Le libéralisme lutte contre tout ce qui compromet cette concurrence et ce mécanisme des prix, c'est-à-dire:
          - contre les abus des monopoles, qui entraînent l'exploitation du consommateur;
          - contre le bilatéralisme, qui fausse les échanges internationaux;
          - contre les subventions, qui faussent le jeu des lois économiques;
          - contre les nationalisations, qui paralysent l'effort individuel.


*
* *


          Le libéralisme lutte:
          - pour la généralisation de la propriété individuelle s'opposant à la généralisation de l'expropriation;
          - pour la libre circulation des idées, des hommes, des marchandises et de s capitaux;
          - pour la réduction progressive des barrières douanières, qui est la meilleure manière de faire l'Europe et d'accroître sa puissance économique et son standard de vie;
          - pour la collaboration du travail, de l'épargne et des consommateurs avec les pouvoirs publics en matière d'exploitation des services d'intérêt général et dans les cas où les activités privées font défaut;
          - pour la protection de l'épargne.

          Il souscrit à toute initiative d'unification visant à fondre en une seule l'économie de plusieurs peuples et à créer des marchés plus vastes.


*
* *


          La doctrine libérale est fondamentalement opposée au collectivisme. Elle n'a nulle confiance dans les qualités de gestion et de direction des pouvoirs publics en matière économique. Elle craint leur incompétence, leur lenteur, leur esprit dépensier.

          Alors que le collectivisme veut diriger l'économie par la contrainte et par l'exécution d'un plan préconçu, mis en œuvre par une administration tentaculaire et omnipotente, le libéralisme entend stimuler l'activité par l'épanouissement des initiatives individuelles.

B. – Limites de la liberté.

          La liberté économique, comme toute liberté, a ses limites. La prospérité ne se confond pas avec la compétition sans lois où les forts écrasent les faibles, où les moins scrupuleux exploitent leur prochain.

          Le libéralisme ne se confond pas plus avec le laissez-faire que la liberté des citoyens ne se confond avec l'anarchie.

          L'Etat a un rôle à jouer dans l'économie: il est le gardien de la monnaie, le surveillant de la moralité commerciale, le promoteur des accords nationaux et internationaux.

          Il doit intervenir lorsque la monnaie est en danger, quand une crise grave sévit, quand la guerre menace, quand les conditions d'équilibre sont en péril.

          Il doit coopérer à l'organisation économique de l'Europe et du Monde.

          La doctrine libérale s'oppose aux abus du capitalisme et réprouve les excès de la puissance économique.

          La libéralisme estime que lorsque la formation d'un groupe d'entreprises est de nature à léser les autres et le consommateur, l'Etat a le devoir d'intervenir pour briser le monopole et rétablir la concurrence. Et si un groupe de nations tend, par sa puissance d'achat, à se réserver certaines sources de matières premières, les autres pays ont le droit de réclamer une réglementation qui, par une répartition équitable, sauvegarde leur approvisionnement.


*
* *


          Le libéralisme est hostile au laissez-faire en matière monétaire. Il estime que le maintien du pouvoir d'achat du franc est le meilleur levain de l'initiative et de l'épargne.

          Il approuve certaines mesures visant à sauvegarder la monnaie. Il considère cependant que le meilleur moyen de lutter contre l'aventure monétaire et la hausse des prix est de favoriser la production et de la laisser s'épanouir dans une atmosphère de liberté.

          La vraie lutte contre l'inflation et l'instabilité monétaire est celle qui vise à équilibrer les budgets de l'Etat, en comprimant les dépenses.


*
* *


          Le Parti Libéral veut le progrès social. Il entend supprimer la misère et instaurer la sécurité.

          Il préconise les hauts salaires, mais veut qu'ils correspondent à un pouvoir d'achat réellement élevé, ce qui ne peut être atteint que par l'augmentation de la productivité.

          Il veut le partage équitable du revenu national, mais dans la prospérité de tous et non dans la misère.

          Le libéralisme désire la déprolétarisation des masses laborieuses, la construction à bon marché par l'extension de la petite propriété terrienne, l'encouragement à l'épargne.

          Il souhaite une collaboration confiante entre le patronat et la classe ouvrière, de même qu'entre l'Etat et les forces économiques de la Nation.

          De l'exposé des principes, des vertus et des limites de la liberté économique, il résulte que le libéralisme constitue la condition nécessaire pour assurer le développement de l'économie, tant dans le domaine de la production que dans celui de la circulation, de la répartition et de la consommation, et pour réaliser par la sauvegarde de l'intérêt individuel la finalité de l'effort humain.

          C'est grâce au libéralisme de son économie et à l'effort de ses habitants que la Belgique de 1918, ruinée, pillée, ses usines détruites et ses ateliers dévastés, a restauré son économie avec une rapidité qui a étonné le monde.

          C'est notamment parce qu'elle a recouru dans une mesure bien moindre que ses voisins aux doctrines dirigistes que la Belgique de 1944 a rétabli si tôt sa productivité et son standard de vie.




POSITION DOCTRINALE DU PARTI EN MATIÈRE FINANCIÈRE ET FISCALE

Problèmes financiers


Introduction

          Ce travail ne se situe pas sur le terrain étroit de l'actualité, mais recherche les grands principes qui doivent, dans la vie de l'Etat, être à la base d'une politique financière et fiscale cohérente, soucieuse non seulement des intérêts immédiats, mais également de l'avenir.

          C'est dire que nous n'avons point songé à faire une critique détaillée de la politique financière de la Belgique et des lois régissant sa fiscalité.

          Nous nous en sommes tenus à un examen des principes convaincus que la politique d'improvisation et de facilité à laquelle recourt actuellement l'Etat ne peut mener qu'à des déceptions graves et entraîner pour la collectivité de pénibles conséquences.

          Dès à présent, nous croyons devoir affirmer que le retour à une politique de sagesse en matière financière entraînerait pour certains des sacrifices et des renoncements. Pareille constatation ne peut nous dispenser du souci de la vérité. L'histoire nous apprend que les décadences des régimes politiques ont toujours été marquées par l'accroissement du fonctionnarisme et de la fiscalité.

          Si la démocratie parlementaire veut survivre, sauvegarder les grandes conquêtes humaines et assurer le maintien des libertés intellectuelles et morales, elle doit se convaincre de la nécessité d'en revenir à une politique financière saine et prévoyante, à une fiscalité modérée et souple.

          L'œuvre à accomplir est immense. Mais elle est tellement impérieuse que son ampleur et ses difficultés ne peuvent nous arrêter.

Dépenses publiques et recettes diverses.

          Chacun sait comment l'Etat organise ses budgets. Chaque département ministériel établit ses prévisions de dépenses qui sont soumises au département des Finances ou, plus récemment, à un Comité du Budget.

          Le Ministre des Finances s'efforce d'obtenir de chaque département des réductions de dépenses.

          Lorsque de la sorte des chiffres définitifs sont arrêtés, le total des dépenses prévues par les divers départements ministériels fournit au Ministre des Finances le montant des recettes dont il doit assurer la "rentrée".

          Qui ne voit ce que ce système a de malsain?

          Toute la vie économique du pays, tous les budgets individuels se trouvent atteints non pas en fonction de leurs possibilités mais en fonction des besoins de l'Etat.

          Ce mal est d'autant plus grave que l'annualité des budgets et des lois d'impôts ne répond plus aux nécessités de l'Etat moderne.

          Que se passe-t-il en fait?

          Dans les périodes de haute conjoncture économique, lorsque les recettes fiscales sont aisées, l'Etat accroît ses dépenses. Lorsque la conjoncture économique fléchit, la nécessité de faire face à ces dépenses accrues accule l'Etat ou bien à l'accroissement de la fiscalité, alors que logiquement son allégement s'imposerait, ou bien aux manipulations monétaires.

          Il suffirait de rappeler les événements s'échelonnant de 1919 à nos jours pour illustrer cette constatation.

          Une organisation rationnelle de l'Etat nécessiterait aujourd'hui des plans financiers de longue haleine. Bonis et déficits devraient pouvoir être reportés et se répartir ou s'amortir sur divers exercices.

          Lorsque POINCARÉ accepta la charge d'assainir les finances françaises après 1918, au milieu de difficultés apparemment, au milieu de difficultés apparemment insurmontables, il eut recours à ce procédé. Le redressement parut tenir du miracle. Mais le retour aux erreurs du passé eut vite fait de compromettre l'œuvre de l'ancien Président de la République.

          Ajoutons que le système actuel accule l'Etat à des moyens de financement ou à des artifices hypothéquant l'avenir.

          Le budget extraordinaire s'alourdit souvent de dépenses qui devraient figurer au budget ordinaire et qui n'en sont exclues que pour lui assurer un équilibre apparent.

          D'où le recours à l'emprunt pour des dépenses à couvrir par les recettes normales.

          A cet égard, l'emprunt a pris dans la vie de l'Etat une place excessive. L'emprunt devrait être exceptionnel et ne servir qu'à des investissements durables.

          L'abus de l'emprunt – cet impôt différé ou si l'on préfère ce prélude aux dévaluations – entraîne l'Etat à des initiatives pour le moins paradoxales. L'exemption d'impôts attachée de plus en plus souvent aux emprunts d'Etat est indéfendable et malsaine. Par là des revenus payés par la collectivité nationale à des particuliers échappent à l'emprise fiscale.

          En nous ne pouvons oublier que cette exemption fournit à l'Etat pour l'obtention de crédits un avantage tel que le secteur privé s'en trouve atteint et que, par ce détour, la voie des nationalisations serait aisément ouverte.

Le poids des dépenses publiques.

          Il va de soi que tout assainissement de notre politique financière postule la restriction des dépenses de l'Etat.

          Quoi que l'on dise, cette restriction est possible. Mais elle nécessite une mise au point radicale des activités de l'Etat. L'Etat remis à sa place et dans son rôle, telle doit être la formule à appliquer.

          L'Etat aujourd'hui se fait prêteur, banquier, organisateur de spectacles, assureur, exploitant, importateur, exportateur et bien d'autres choses encore – ce qui le rend, constatons-le en passant, de plus en plus policier.

          Tout est réglementé. Toute réglementation implique administration et fonctionnarisme. L'Etat ne supprime jamais un service inutile parce que la suppression entraînerait des protestations électoralement redoutées. L'Etat ne possède pas d'inventaire permanent de son matériel. L'Etat n'organise pas la productivité du travail.

          Et, paradoxe de notre temps, cet Etat envahissant abandonne entre les mains d'organismes parastataux une large partie des pouvoirs qu'il s’est lui-même attribués. Cet abandon, il le commet sans aucun contrôle efficace.

          Il ignore les rémunérations qu'il paie en fait dans ces organismes. Il ferme les yeux sur les activité inutilement concurrentes ou superposées de nombreux parastataux, notamment en matière de crédit.

          Il ne semble pas s'apercevoir que bien des activités dont il assume la charge pourraient être rendues au secteur privé et alléger de la sorte le fardeau des dépenses.

          Il entend s'immiscer dans toutes les activités des pouvoirs subordonnés. Alors que s'imposerait en Belgique la décentralisation, l'Etat - alourdissant sans cesse sa machine administrative – étrangle l'autonomie communale et les initiatives provinciales.

          Ainsi, les dépenses s'accroissent sans cesse. Les budgets ne connaissent plus que des équilibres théoriques. La fiscalité s'aggrave. L'épargne est tarie et le travail découragé.

          L'Etat doit se résoudre à supprimer les services inutiles ou simplement superflus ou plus simplement encore tous ceux qui sont susceptibles d'être restitués, sans inconvénient, à l'initiative privée.

          Nous ne pouvons songer à énumérer ici tous les services et administrations qui entrent dans ces catégories.

          De celle qui régit aujourd'hui l'urbanisme à celles qui, dans divers départements se consacrent à des publications souvent confidentielles, s'échelonnent de multiples cellules administratives dont l'utilité est plus que contestable.

          Le régime des subventions est, lui aussi, un des plus malsains qui se puisse concevoir. Ce régime, mis au service, non seulement de l'économie, mais de la politique partisane est indéfendable. Eviter des augmentations du coût de la vie grâce à des subventions est un leurre: la collectivité paie sous forme d'impôts ce qu'elle eût payé à l'industrie. Bien plus, ce régime fausse le jeu des lois économiques et ne fait que postposer d'inévitables difficultés d'adaptation.

          Quant aux subventions distribuées à des organismes privés, telles celles émanant du Ministère de la Santé Publique, elles n'ont souvent d'autre but, en fait, que de servir des intérêts de parti, sans souci de l'intérêt collectif.

          Ces constatations s'imposent à tous. Elles sont, depuis des années, le sujet de discours, d'études, de promesses. On en reste malheureusement là.

          Ce sera l'honneur du libéralisme d'avoir montré au pays ce que doit être sa politique financière et de se faire, avec fermeté et intransigeance, le champion des mesures de redressement indispensables. Ainsi la Nation finira-t-elle par comprendre où est son salut et par qui il peut être assuré.

Le Parlement et la politique financière.

          Que nous assistions à une déviation pernicieuse du régime parlementaire, qui pourrait le nier? L'essentielle mission du Parlement n'est plus accomplie: le contrôle des dépenses.

          La systématisation du vote des douzièmes provisoires, la discussion des budgets alors que ceux-ci sont déjà appliqués, le recours aux crédits délibérés en Conseil des Ministres…. tout cela soustrait au Parlement une tâche primordiale.

          Alors que c'est par la voie du contrôle des dépenses et de l'octroi des ressources que le Parlement se doit d'apprécier et d'orienter la politique gouvernementale, aujourd'hui, l'exécutif jouit d'une liberté quasi-totale.

          Il n'est pas douteux, à cet égard, que les responsabilités sont partagées. Les Chambres législatives sacrifient à des tâches accessoires un temps qui devrait être consacré à l'essentiel.

          L'exécutif qui trouve en cette déviation l'avantage d'échapper au contrôle des élus de la Nation ne fait rien pour ramener le Parlement à l'exécution de sa tâche première: le contrôle des dépenses publiques.

          C'est avec regret que l'on est contraint de constater une véritable "abdication" parlementaire lorsque l'on évoque cette grave réalité: actuellement la valeur de la monnaie est fixée par l'exécutif en dehors du Parlement. En d'autres termes, les dévaluations monétaires échappent au contrôle des Chambres.

          Il faut mettre fin à cet état de choses.

Conclusion

          Le pays est engagé dans une politique financière à courte vue, faite d'improvisations et qui ne peut que compromettre l'effort de travail, les possibilités d'épargne et, en fin de compte, la stabilité monétaire.

          Un redressement s'impose.

          Il postule:

          1) L'adaptation des dépenses de l'Etat aux ressources de la Nation.

          2) La restriction sévère des dépenses publiques: l'Etat doit être remis à sa place et dans son rôle.

          3) Le retour à des principes rigoureux en matière budgétaire.

          4) Une politique d'emprunt mesurée et adaptée aux nécessités d'investissement.

          5) Pour assurer l'application de ces principes, établissement de budgets cycliques permettant le report du boni et du déficit.

          6) L'unification et la clarification de la comptabilité de l'Etat et des organismes parastataux.

La fiscalité.

          La fiscalité que subit le pays est l'inévitable conséquence d'une politique générale mauvaise en soi.

          Si l'allégement de la fiscalité est, en Belgique, un impératif, il faut cependant affirmer qu'il ne pourra y être satisfait sans qu'au préalable soient réduites les dépenses publiques.

          La fiscalité belge est, pour une grande part, née au lendemain de 1918.

          Il n'est pas douteux qu'à cette époque une idéologie fiscale inspirée des motifs les plus louables fut à la base des initiatives gouvernementales et législatives. L'impôt direct frappant les revenus déclarés et contrôlés constituait une innovation qui, dans son principe, paraissait inattaquable.

          La science fiscale, à l'époque, établissait une nette démarcation entre l'impôt direct frappant le revenu et l'impôt indirect frappant la consommation des biens. Le premier répondait à une aspiration de justice démocratique incontestable.

          L'expérience a apporté à cette idéologie fiscale de dures atteintes.

          Il n'est plus contesté aujourd'hui que l'impôt direct s'incorpore en fin de compte au coût de la vie au même titre que l'impôt indirect.

          D'autre part, l'impôt direct frappant le revenu du travail n'était socialement et économiquement admissible qu'à la condition d'être particulièrement modéré.

          Malheureusement, les besoins de l'Etat croissant sans cesse, cet impôt devint de plus en plus lourd. Les conséquences de cet état de choses ne tardèrent pas à se faire sentir: développement de la fraude, réaction administrative et complications légales, découragement du travail, atteinte à l'esprit d'épargne. De la sorte un impôt équitable en soi est devenu insupportable, créant entre l'Etat et le redevable un climat d'hostilité.

          Excès de l'impôt direct, complexité des lois ne sont pas les seuls maux auxquels il faut porter remède: les variations constantes des lois fiscales ajoutent au désarroi du contribuable.

          Certaines pratiques administratives ne font qu'accentuer le mal.

          Il est inconcevable de voir l'administration refuser de s'incliner devant des décisions de justice et, parfois, de voir légiférer pour qu'il soit mis fin à telle interprétation de la loi par les Cours et Tribunaux.

          La vérité est que notre législation fiscale doit être repensée et, partant, profondément remaniée.

          Elle doit tant dans l'intérêt de l'Etat que du redevable, répondre à certaines normes que l'on peut résumer comme suit: équité, simplicité, modération.

Equité.

          L'impôt direct n'est plus équitable tel qu'il est perçu aujourd'hui. Sur ce plan, de nombreuses critiques peuvent être formulées.

          1. Le cumul des revenus des époux heurte l'esprit de justice et la morale sociale. Il est inadmissible qu'un homme et une femme travaillant tous deux paient un impôt considérablement plus lourd s'ils sont mariés que s'ils vivent en concubinage.

          2. Par le jeu des exonérations et le recours aux personnes morales, c'est aujourd'hui le contribuable jouissant d'un revenu moyen qui paie l'impôt le plus lourd.

          3. L'annualité de l'impôt est, elle-même, en contradiction, tant avec l'équité qu'avec l'intérêt du pays.
Le contribuable qui, au cours d'une année fait un profit exceptionnel qui rémunère parfois un travail échelonné sur plusieurs années, se verra taxé lourdement sans aucun souci de ses revenus passés et futurs.

          4. Est contraire également à l'intérêt du pays et à l'équité, tout notre système fiscal en matière de charges de famille.
Ce qui doit être mieux protégé en Belgique c'est la famille moyenne.

          5. Il est nécessaire pour lutter contre les trusts de mettre nos entreprises fiscalement sur un pied d'égalité.
A cet effet, il est indispensable que les taxes de transmission soient aménagées de façon à ne pas favoriser les concentrations industrielles et commerciales.

Simplicité.

          La complexité de nos lois d'impôts ne doit pas être démontrée. Chaque Belge s'y heurte sans cesse.

          Les lois doivent être simplifiées. Elles peuvent l'être.

          Le système des forfaits offre à l'administration une possibilité considérable de simplification et d'allégement des contrôles.

          La détermination de certains indices auxquels serait attaché un minimum d'impositions permettrait également au redevable de se rendre compte aisément du montant de sa dette fiscale.

          Au surplus, sans qu'il soit, ici, possible d'énumérer les innombrables domaines où ce principe trouverait son application, le retour aux grands principes du droit s'impose. Trop souvent et de plus en plus le droit fiscal s'écarte du droit commun. Le redevable accoutumé à ce dernier ne comprend plus que telle vérité civile ne soit plus, fiscalement, une vérité.

          Enfin, tout le contentieux administratif doit être revisé. L'Administration doit cesser d'être juge et partie. Juge, elle est suspecte. Elle s'encombre d'une activité qui ne devrait pas être la sienne.

Modération.

          L'impôt qui frappe le revenu du travail doit être modéré.

          Une erreur capitale, si on songe à l'intérêt général, est de s'imaginer que la taxation du revenu peut être élevée simplement parce que ce revenu est important.

          On perd aussi de vue que c'est le revenu, en tant qu'il est non dépensé et non taxé, qui crée l'épargne, suscite la création d'entreprises nouvelles ou tout au moins la modernisation des entreprises existantes.

          Les crises économiques sont rendues plus aiguës du fait que l'Epargne ne se reconstituant pas dans des proportions suffisantes, il n'existe point de réserves individuelles auxquelles faire appel lors d'un fléchissement de la conjoncture, afin de ménager une période de transition.

          Nous n'hésitons pas à dire qu'il faut choisir entre la modération fiscale, respectueuse de l'épargne et de l'initiative, et le communisme.

          Il n'est pas de solution moyenne durable.

          La législation fiscale frappant les sociétés ne fait qu'aggraver le péril.




PROBLÈMES SOCIAUX


          La doctrine sociale du libéralisme tient en trois termes indissolublement liés: progrès social – liberté – solidarité. C'est dans la réunion de ces trois éléments inséparables que réside son originalité et sa force.

          PROGRÈS SOCIAL: par là elle s'oppose au conservatisme résigné devant la souffrance humaine. Elle rejette le paternalisme socialement périmé et elle revendique les réformes inspirées par l'esprit de justice sociale.

          LIBERTÉ: par là elle s'oppose aux doctrines collectivistes de gauche et de droite qui ne conçoivent l'évolution sociale que par la tyrannie des groupements et de l'Etat; elle affirme, au contraire, que le progrès de la société doit être réalisé dans le respect de la liberté des hommes et l'encouragement à l'effort individuel.

          SOLIDARITÉ: par là elle s'oppose à l'égoïsme indifférent au sort d'autrui, comme aux doctrines basées sur la lute des classes; elle réclame un climat social d'assistance, de prévoyance et, d'entraide et elle affirme que tous les hommes sont solidaires dans l'effort créateur de bien-être et de progrès social.

          Elle trouve son expression et sa consécration dans les principes inscrits dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

          Le libéralisme inscrit la propriété du travail comme droit fondamental à la base de son programme social, entendant par là garantir à chaque citoyen – quelle que soit la classe sociale à laquelle il appartienne – la jouissance la plus complète possible des fruits de son travail.

          Il estime que seule est légitime une hiérarchie sociale basée sur la valeur qualitative, sur l'utilité sociale et économique et sur les responsabilités que comporte le travail accompli par chacun.

          Il poursuit l'amélioration de la formation sociale de l'élite et le développement de l'esprit social dans l'éducation et l'enseignement, considérant que les contacts entre les hommes de niveau social différent doivent être multipliés afin de réduire les barrières sociales.

          Pour lui, cette élite ne se fonde pas sur l'argent, mais sur le travail, la culture et le service à tous les degrés de la société. C'est pourquoi il entend favoriser la formation de cadres intellectuels et manuels par un système d'allocations d'études qui réalisera en fait l'égalité de tous les citoyens que leurs qualités destinent aux études.

          D'autre part, constatant la position particulière occupée par les travailleurs intellectuels dans le monde moderne. Il ne peut admettre que les tendances actuelles au nivellement économique et social en fassent, malgré leurs études et leurs efforts, de simples manœuvres intellectuels.

          Il considère que le chômage est la plaie sociale du siècle et affirme que, par conséquent, l'Etat a la mission de faire bénéficier tout homme de son droit au travail.

          Le principe de la liberté syndicale – autre base de la position libérale en matière sociale – doit être consacré dans un statut juridique des travailleurs, garantissant tous ses droits à la minorité syndicale.

          Le libéralisme moderne considère que la grève est un droit des travailleurs, mais que c'est un moyen extrême ne pouvant entraîner ni l'émeute et le désordre, ni l'entrave à la liberté du travail. Il estime notamment que les fonctionnaires ne peuvent exercer le droit de grève que pour autant que soient assurés les besoins vitaux de la Nation.

          En ce qui concerne la sécurité sociale, il accepte les principes fondamentaux de l'arrêté du 28 décembre 1944, mais estime que l'organisation de la sécurité sociale doit, par une évolution constante, parfaire le compromis entre l'individu et la collectivité.

          Sans recourir à des bouleversements coûteux et dont les résultats seraient douteux, il suffirait d'assainir et d'assouplir le système existant.

          Il n'est pas indiqué d'imposer par l'augmentation du plafond actuel des charges nouvelles ni aux classes travailleuses ni aux industriels, d'autant moins que les premières n'y trouveraient qu'une compensation illusoire des sacrifices réclamés.

          Dans chaque secteur de la Sécurité Sociale, il convient tout d'abord de tendre à l'équilibre financier, sans recours à des palliatifs dictés par des visées politiques.

          L'Etat doit veiller à l'amélioration constante de la santé physique de la Nation, en organisant au profit de tous les citoyens le combat contre des maladies à répercussions sociales, telles que la tuberculose pulmonaire, le cancer, la poliomyélite, les maladies vénériennes et le lupus. Ce combat sera efficacement engagé par une politique d'hygiène et de santé publiques, comprenant une extension des distributions d'eaux et des réseaux d'égouts, ainsi qu'un renforcement de l'armement hospitalier du pays.

          L'Etat doit également assurer la santé morale de la nation, non seulement en combattant le chômage mais en prenant des mesures nationales pour la rééducation des invalides.

          Le libéralisme considère qu'il faut encourager l'assurance contre la vieillesse et la maladie des travailleurs indépendants qui ne se rallient pas volontairement à toutes les dispositions prises en matière sociale, sans pour autant imposer à ceux qui n'en veulent pas l'affiliation obligatoire à des organismes coûteux.

          Enfin, le libéralisme social estime que l'Etat doit protéger la famille en aidant, grâce à un système de prêts à l'intérêt minime, les jeunes ménages à fonder un foyer et en poursuivant une politique de crédit pour l'accession des travailleurs à la propriété immobilière.




PROBLÈMES DE LA JEUNESSE



I. – LE LIBÉRALISME ET LA JEUNESSE

          La recherche d'une doctrine libérale s'adressant à la jeunesse ne signifie pas philosopher sur les jeunes gens comme on a pu, au temps des salons, disserter agréablement de la femme, de ses attraits et de ses faiblesses. Elle n'implique pas non plus de grands discours pleins d'envolée et de sollicitude pur ceux qui se lassent d'être "l'avenir de la Nation", c'est-à-dire ceux que l'on récuse dans le présent. Elaborer une doctrine, c'est renier l'artificiel et le superficiel.

          Mais pour des jeunes qui aiment l'action – les jeunes libéraux ont pour règle et coutume d'agir et de créer – la tentation est grande de ramener la doctrine aux faits.

          La doctrine n'est pas l'action: elle est la règle de l'action, éclairée par l'esprit d'une philosophie, élaborée pour une période déterminée par l'adéquation de l'idée à un ensemble de circonstances et de réalités.

          Ce choix liminaire d'un cadre intellectuel à notre étude nous paraît sage en un temps où l'on mêle les étiquettes et où l’on se grise de mots.


II. – LE LIBÉRALISME DEVANT LA JEUNESSE

          Partons du libéralisme: sa base la plus sûre et la plus originale est sans doute une matière de voir les choses et de penser les problèmes. Il est un humanisme fondé sur l'homme dans toute sa richesse, dans toute sa complexité, dans tous ses modes de vie. Il se tient volontairement à l'abri de la métaphysique arbitraire, des idéologies et des dogmatismes.

          Le libéralisme a cessé d'être exclusivement individualiste, il considère que la société est le cadre historique et naturel de l'homme et qu'il prend conscience du groupe selon le mécanisme du pluralisme sociologique défini par le professeur DUPREEL.

          Il se préoccupe fatalement de la jeunesse, une des plus évidentes réalités sociales non seulement par les caractères communs à tous ses constituants (âge, caractères physiques, intellectuels et moraux), mais encore par leur sentiment d'appartenance au groupe, d'identité foncière et de solidarité. Telle se présente la rencontre de l'humanisme libéral avec la jeunesse.


*
* *


          Ses deux traits fondamentaux sont le réalisme et le progressisme. Son réalisme lui interdit d'ignorer l'existence et les aspirations valables d'êtres humains ou de refuser d'entendre leurs voix. Son progressisme, c'est-à-dire son respect de l'évolution, l'incite à réserver à la jeunesse une des premières places parmi ses préoccupations. Les jeunes, en effet, occupent une position de plus en plus importante dans notre société grâce à la généralisation de l'instruction: ils étudient davantage, pensent plus profondément et souhaitent participer au règlement de leur sort.

          Enfin, le libéralisme a pour particularité essentielle de n'être pas une idéologie. Il est à l'opposé de toutes les philosophies du monde ou de la société qui se présentent comme des explications définitives et s'énoncent dans des bibles immuables. Les groupes politiques qui se réfèrent à l'un de ces modes de pensée ont la faiblesse de vouloir soumettre la réalité fluctuante et complexe à des formules catégoriques et intangibles: l'application du plan prime la volonté et la liberté de l'home pour qui cependant il fut conçu; la doctrine est belle et sacrée: tant pis pour la science, tans pis pour la vie, si elle n'a conservé que la valeur d'un témoignage historique.

          Les tenants de l'idéologie, qu'ils s'appellent marxistes ou catholiques, ont tendance à considérer exclusivement les jeunes comme des propagandistes à embrigader, comme des soldats que l'on utilise à des fins prétendûment plus élevées. A cette attitude intéressée s'oppose la conception libérale: réaliser l'homme est un but en soi et qui commande de s'attacher à la jeunesse pour elle-même. Il ne s'agit pas de mettre la jeunesse au service du libéralisme, mais d'apporter à la jeunesse une aide compréhensive parce que l'on est libéral.


*
* *


III. – COMMENT LES LIBÉRAUX VOIENT LA JEUNESSE

          De quels faits faut-il surtout tenir compte quand on se préoccupe de la jeunesse?

          De deux réalités de notre temps, tout d'abord.

          La première est le passif de la guerre: évoquons seulement les souffrances, les deuils, les avenirs brisés ou retardés, cette paradoxale situation, parfois, de n'avoir jamais connu la vie normale, pacifique et sans contrainte. Insistons davantage sur l'atmosphère familiale et nationale présente. Le milieu familial, endeuillé ou aigri, est souvent dénué de joie et peu propice à l'enthousiasme. Quant au climat national, il est commandé par d'âpres luttes partisanes et dominé par la grande peur internationale.

          La seconde réalité actuelle, c'est la déception des jeunes devant l'idéologie, l'abandon des groupes ultra-disciplinés, le dégoût des défilés et des uniformes, l'aspiration à un idéal plus respectueux de la dignité et de la liberté.

          Il faut ajouter à cela une réalité permanente qui ressortit au domaine de la psychologie: c'est l'idéalisme des jeunes et le désir, souvent inconscient, de suivre un guide. L'absence de maturité intellectuelle et morale en fait des êtres qui ne sont pas foncièrement et définitivement libres. L'idéalisme est une forme du besoin d'absolu; la quête du guide est comme la nostalgie de l'amour maternel et de la confiance dans le père de famille. C'est l'amour maternel et de la confiance dans le père de famille. C'est d'ailleurs entre quinze et vingt ans que se situent les crises de mysticisme et que l'on se voue à un chef, fût-il un imposteur.


*
* *


VI. – QUE VEULENT DONNER À LA JEUNESSE LES LIBÉRAUX?

          Ils veulent tout d'abord lui donner pour cadre une famille où l'angoisse du présent n'évoque pas sans cesse les malheurs récents, un pays où le respect des valeurs civiques et l'équilibre économique rendront la vie digne d'être vécue, un monde délivré de la peur et de la guerre.

          Ils veulent lui donner un idéal humainement valable et cependant exaltant, des guides dignes de foi et désintéressés.

          Ils veulent lui offrir une participation effective à la vie sociale, spécialement dans les domaines où sa cause est en jeu, afin qu'elle ait le sentiment de posséder, outre l'avenir, une part du présent.

          Ils veulent lui inspirer un esprit de dévouement social dans un climat d'autonomie et de liberté.

          Ils veulent enfin que les pouvoirs publics développent et coordonnent une politique de la jeunesse qui l'introduise dans les rouages de la société, qu'on crée ou multiplie les entreprises propices à sa formation physique, intellectuelle et morale.


*
* *


V. – LA MISSION DES JEUNESSES LIBÉRALES

          La tâche des organisations de Jeunesse Libérale s'inspire de toutes les considérations qui précèdent.

          Il importe de souligner que le Mouvement des Jeunesses Libérales n'a pas pour objectif primordial de faire des jeunes libéraux mais bien de participer à la vie de la jeunesse dans l'esprit du libéralisme. Sa mission essentielle est d'offrir aux jeunes l'apprentissage de la solidarité sociale et de l'amitié.

          Son rôle éducatif lui paraît prépondérant: éveiller des curiosités intellectuelles, ouvrir l'esprit à des problèmes de tous ordres, initier à une méthode objective et réfléchie.

          Sans doute, les jeunes seront-ils spécialement sollicités par l'idéal du libéralisme: mais rien ne doit être imposé et la porte reste ouverte à ceux qui croiraient s'être trompés de chemin et à qui l'on s'honore de n'avoir pas demandé d'engagement définitif.


*
* *


VI. – QU'APPORTE LA PENSÉE LIBÉRALE AUX JEUNES DE NOTRE TEMPS?

          Elle apporte une philosophie axée sur l'homme et respectueuse de la nature, que nous avons précédemment caractérisée: c'est l'humanisme moderne, réaliste et progressiste, et qui se refuse à l'idéologie.

          Elle apporte également une doctrine de vie et d'action largement dévouée à la jeunesse et qui ne doit pas se contraindre ou se contredire pour lui faire place.

          Elle apporte, en outre, toute la générosité du libéralisme, foncièrement désintéressé, soucieux d'altruisme et de beauté.

          Elle apporte, enfin, une notion difficilement définissable mais immédiatement sensible: c'est ce que l'on pourrait appeler l'atmosphère libérale de vie, qui imprègne malgré tout un peuple comme le nôtre, qu concilie avec tact la tolérance et l'enthousiasme.

          La force du réalisme, la sagesse d'un humanisme, la beauté d'un art de vivre: voilà ce que le libéralisme offre à la jeunesse. Qui donc lui offrira un plus haut idéal?




PROBLÈMES FÉMININS


          Le libéralisme est basé essentiellement sur l'égalité absolue de tous les êtres humains devant la loi. Il est fondamentalement opposé à une organisation sociale où les hommes et les femmes sont inégaux en droits et n'ont pas les mêmes possibilités de développement et d'expression.

          C'est pourquoi notre Parti entend libérer les femmes des interdictions, entraves et désavantages dont elles souffrent encore du fait de dispositions légales ou de traditions surannées.

Droits civils.

          Nous estimons juste et nécessaire que la femme ait, dans le mariage comme dans le célibat, une personnalité civile complète égale à celle de l'homme.

          L'application de ce principe exige de profondes modifications du Code Civil et les modifications correspondantes du Code Pénal.

          La conception libérale de vie familiale entraîne forcément la suppression de la puissance maritale et la reconnaissance à l'épouse d'une pleine capacité juridique.

          D'une manière plus précise, nous voulons que la femme mariée puisse librement engager son travail ou exercer n'importe quelle profession; qu'elle puisse disposer de ses biens propres, accomplir n'importe quel acte juridique, contracter n'importe quel engagement sans être astreinte à une autorisation. Qu'elle soit traitée en adulte consciente de ses responsabilités.

          Nous voulons aussi que la femme ait sur ses enfants des droits égaux à ceux du père.

          Nous condamnons l'injustice et l'erreur sociale de la double morale qui a inspiré notre législation du mariage.

          Le libéralisme ne peut admettre ni que la loi sanctionne beaucoup plus sévèrement l'adultère de la femme que celui de l'homme, ni que les motifs de divorce soient différents suivant q'il s'agisse de l'époux ou de l'épouse.

          Le libéralisme ne peut admettre le sort injuste fait par la loi aux enfants naturels et spécialement à certains d'entre eux, les enfants adultérins et les enfants incestueux.

          Certes, il est nécessaire de protéger la famille légitime, mais c'est dépasser ce but, sinon le manquer, que de mettre des enfants innocents de toute faute au ban de la société et de permettre au père naturel d'échapper à la responsabilité morale et économique de ses actes.

          Le libéralisme ne peut admettre que la loi accentue les handicaps qui frappent malheureusement certains êtres humains dès leur berceau. Ici encore notre doctrine réclame de profondes modifications de notre droit civil.

Droits économiques.

          Le libéralisme exige que la femme, mariée ou non, puisse, dans les mêmes conditions qu'un homme, décider elle-même si elle se livrera à un travail rémunéré.

          Ni lois, ni arrêtés, ni règlements ne peuvent la priver de ce droit essentiel à tout être humain: celui de vivre de son travail.

          Il n'est que juste que toutes les carrières soient ouvertes aux femmes et qu'elles puissent y remplir des fonctions supérieures suivant leurs capacités.

          Nous demandons aussi l'égalité entre hommes et femmes dans la fixation des salaires vitaux. En d'autres termes, l'application généralisée du principe "A travail égal, salaire égal".
          Cette règle est basée sur la plus élémentaire justice et n'a pas besoin d'être défendue.

          Il va de soi, en outre, qu'elle est à l'avantage des deux sexes. Car des femmes mal payées sont choisies de préférence aux hommes par les patrons. Elles sont ainsi amenées à faire, malgré elles, une concurrence désastreuse à leurs collègues masculins

          L'égalité de salaire et de traitement, en mettant tout le monde sur le même pied, laisserait au mérite, à la valeur professionnelle seuls un avantage.

          Il faut, enfin, une représentation féminine adéquate dans les organismes économiques de notre pays. N'oublions pas que le nombre de femmes occupées dans les divers secteurs du commerce et de l'industrie s'élève à plus d'un million.

Politique familiale et sociale.

          Le Parti Libéral désire, autant que tout autre, voir apporter plus de bien-être et plus de sécurité au foyer familial par un ensemble de réformes sociales.

          Nous pensons que la protection de la famille doit commencer dès sa création et même avant.

          Cette protection doit être basée sur une éducation sérieuse et approfondie des jeunes filles. Or, quelques cours culinaires et de puériculture ne sont pas suffisants. C'est pourquoi nous préconisons la création d'un service civique obligatoire pour toutes les jeunes filles, service dont la durée pourrait être de six à douze mois et qui serait effectué entre dix-huit et vingt et un ans, suivant les nécessités professionnelles.

          Au cours de ce service civique, les jeunes filles recevraient un complément nécessaire à l'éducation scolaire. On leur enseignerait non seulement leurs droits et leurs devoirs de citoyennes, mais on leur inculquerait quantité de notions indispensables à la mère de famille et à la ménagère. Notions qui ne trouvent pas de place suffisante dans les programmes scolaires déjà surchargés. D'ailleurs, ce genre d'enseignement, pour être sérieux, doit être spécialisé.

          Enfin, au cours de ce service civique, les jeunes filles recevraient une instruction militaire qui leur permettrait, en cas de guerre, d'entrer dans les cadres auxiliaires de l'Armée. A tout droit correspond un devoir. Les femmes qui ont obtenu l'égalité des droits politiques, doivent revendiquer aussi l'égalité des devoirs civiques.

          Le Parti Libéral réaffirme son désir de voir organiser dès à présent un volontariat féminin pour les services auxiliaires de l'Armée.

          Beaucoup de jeunes gens hésitent à se marier parce que leur situation matérielle ne leur permet pas de faire face, tout d'abord aux frais d'installation d'un ménage, ensuite aux charges familiales.

          Un encouragement devrait être donné aux fiancés par une aide matérielle.

          Cette aide pourrait être envisagée sous forme de prime de mariage allouée dans certaines conditions, de prêt d'honneur à très bas intérêt, ou encore, de dégrèvements fiscaux.

          Le problème du logement présente également ici une grande importance.

          Des plans d'urbanisation devraient prévoir la construction de logis, avec priorité pour les jeunes ménages.

          Une fois les jeunes époux installés, il faut les encourager à élever une famille. Nous pensons que l'intérêt du pays est de compter une majorité de familles moyennes et non pas un grand nombre de ménages sans enfant à côté d'un chiffre restreint de familles nombreuses. C'est pourquoi nous souhaitons la réforme du régime des allocations familiales, tout d'abord par une modification de l'échelle des barèmes.

          Il est souhaitable que la charge morale et économique des enfants se répartisse d'une manière plus ou moins égale entre tous les foyers.

          De plus, pour lutter efficacement contre la dénatalité dans certaines de nos provinces, il faut encourager principalement la naissance des premiers enfants.

          C'est pourquoi le Parti Libéral estime qu'il y a lieu d'augmenter l'allocation accordée pour les premiers enfants.

          Il y a lieu d'unifier le taux des allocations pour les salariés et les non-salariés.

          Enfin, le Parti Libéral désire reconnaître la valeur sociale et économique du travail ménager. C'est pourquoi nous demandons l'extension aux ménagères du bénéfice des lois de Sécurité Sociale. Les femmes non seulement remplissent des charges très lourdes, mais encore des charges d'une importance essentielle pour notre économie en assumant la direction et souvent tous les travaux du ménage.

          Nous devons, en outre, alléger les besognes purement matérielles de la mère par des mesures adéquates et spécialement un meilleur aménagement technique des habitations pour qu'elle puisse, soit se consacrer davantage à l'éducation de ses enfants, soit avoir des enfants tout en exerçant en même temps un métier ou une profession.

          Le Parti Libéral réclame de toute urgence la création d'une police féminine qui aurait spécialement dans ses attributions les enquêtes sur les délits où sont impliqués des femmes ou des enfants comme coupables, victimes ou témoins.




PROBLÈMES RÉGIONAUX.


          Nul ne peut plus raisonnablement contester l'existence en Belgique de deux grandes communautés populaires: la COMMUNAUTE FLAMANDE et la COMMUNAUTE WALLONNE. C'est une des premières vérités qu'a reconnues le Centre de Recherche pour la solution des problèmes sociaux, politiques et juridiques en régions flamande et wallonne, dit plus brièvement Centre Harmel.

          Ces deux communautés se répartissent en trois entités: la Flandre, habitat principal de la communauté flamande; la Wallonie, habitat principal de la communauté wallonne; et l'agglomération bruxelloise, terrain de rencontre et bien commun des deux communautés.

          Les trois entités ci-dessus diffèrent par la langue et la culture. La Flandre, après des épreuves diverses, est d'expression néerlandaise. La Wallonie a toujours été d'expression purement française. Quant à l'agglomération bruxelloise, elle participe aux deux expressions et son caractère est, de toute évidence, bilingue.

          Elles diffèrent aussi par certaines réactions philosophiques et politiques ainsi que par de puissants intérêts économiques et sociaux. Ces différences sont normales et il serait vain de vouloir les supprimer, comme il serait vain de vouloir couler tous les individus dans un moule unique. L'unité morale de la Belgique doit être faite d'une harmonieuse cohésion entre éléments divers, non pas d'une fusion artificielle et stérile.

          Les trois entités belges se plaignent vivement de ne pouvoir respirer à l'aise dans l'atmosphère que leur crée le statut unitaire et centralisé à l'extrême de la Belgique. Les Flamands prétendent que des entraves sont apportées à l'épanouissement de leur langue, que la part qui leur est faite dans les administrations est insuffisante, que le pouvoir central ne se préoccupe guère du chômage qui sévit dans leurs industries, etc. Les Wallons protestent contre la carence de l'Etat dans le domaine démographique, contre leur éviction des postes dirigeants, contre le privilège dont jouit la Flandre en matière de travaux publics, etc. Les Bruxellois eux-mêmes reprochent à l'Etat son excessive centralisation et sont en droit, d'autre part, de veiller à ce que toute solution ne se réalise pas au détriment de leurs intérêts de tous ordres.

          Le Parti Libéral estime que le moment est venu pour lui de se pencher sur ce problème et de rechercher, dans la concorde et la bonne volonté, une solution nationale aux innombrables griefs qui sont formulés.

          Quelle peut être cette solution?

          Les uns suggèrent une forte décentralisation, augmentant considérablement les pouvoirs provinciaux, mais laissant subsister l'unité administrative de la Belgique.

          D'autres préconisent, en même temps que cette décentralisation, la transformation du Sénat actuel en un Sénat paritaire qui corrige les effets de la prédominance flamande à la Chambre des Représentants.

          D'autres enfin – c'est le cas dans la plupart des fédérations wallonnes du Parti Libéral – pensent que le remède doit être trouvé dans l'instauration d'un système fédéral: Etat fédéral ou Confédération d'Etats.


*
* *


          Nous proposons au Congrès Libéral d'entériner les prémisses de ce premier rapport et de désigner une commission – composée équitablement de Flamands, de Wallons et de Bruxellois – qui aura pour mission de présenter, dans un prochain congrès, la meilleure solution à ce grave problème – le plus important sans doute de tous ceux qui se posent à notre attention – dans l'intérêt particulier des trois entités qui forment la Belgique et dans l'intérêt général de la patrie commune.




CONCLUSION

LE LIBÉRALISME, MESSAGE ACTUEL


          Le message libéral n'est ni vieux, ni périmé; dans le monde tourmenté d'aujourd'hui, aux hommes assoiffés de paix, de justice et de progrès, il apporte la réponse la plus complète, la plus riche en possibilités, la plus exaltante pour l'effort humain.

          D'autres doctrines affirment leur supériorité avec jactance; mais fondées sur la prépondérance excessive d'un Etat, d'une religion ou d'uns classe, elles ne répondent que partiellement aux aspirations des hommes.

          Qu'on s'écarte du libéralisme politique, et c'est la dictature avec son cortège d'oppression, de corruption et de guerre; qu'on s'écarte du libéralisme dans l'ordre économique et c'est le retour au malthusianisme d'une économie appauvrie par les contraintes administratives; qu'on s'écarte du libéralisme dans le domaine social et ce sont la lutte des classes et les solutions de force.


*
* *


          Le libéralisme, c'est la doctrine de la liberté politique, c'est la foi dans la démocratie fondée sur le libre choix d'une opinion, d'un journal et d'un parti et sur le libre consentement du plus grand nombre des citoyens.

          Le libéralisme, c'est la doctrine de la tolérance intellectuelle, c'est la volonté de respecter la personnalité des autres sans cesser d'être soi-même, c'est la conciliation entre le respect des opinions d'autrui et l'affirmation de ses propres convictions.

          Le libéralisme, c'est la doctrine de l'effort; c'est la conviction qu'il n'est de société saine et forte que si les hommes qui la composent ont grandi dans un climat de liberté et de responsabilité; c'est la croyance en la nécessité d'une économie fondée sur l'esprit d'entreprise, le goût du risque, le sens des responsabilités.

          Le libéralisme, c'est la doctrine du progrès social fondé non sur la contrainte des groupes sociaux ou de l'Etat, mais sur la solidarité des hommes; c'est la doctrine qui réclame pour tous la diffusion de la culture, le libre développement de la jeunesse et l'émancipation des femmes.

          Le libéralisme, c'est la doctrine de la paix sociale et internationale, celle des hommes qui ne menacent personne et qui croient à la collaboration plus qu'à la contrainte, à la solidarité plus qu'à la lutte des classes et des nations.

          Le libéralisme n'appartient pas aux nostalgies du passé, mais aux espérances de l'avenir. Il est le plus grand et le plus noble effort que l'homme ait tenté pour bâtir des vies complètes et des cités heureuses; il est la plus haute expression des valeurs de liberté, de paix et de progrès social qui sont l'essence même de la civilisation occidentale.


top