Madame,

Le Roi en s’adressant à M. Liedts pour l’engager à venir compléter le cabinet, a tenu compte de ses vives répugnances. Il sait parfaitement jusqu'à quel point elles existent et quel est le sacrifice qu’il demande à M. Liedts et à vous. Il y a cependant une position grave à sauver, position grave pour le pays et pour le Roi.

L’acceptation de M. Liedts sauve tout, son refus met tout en question. Croyez bien que je n’exagère rien.

D’après ses considérations, le Roi m’a autorisé à ne demander à M. Liedts qu’un sacrifice temporain de quelques mois. Que M. Liedts accepte jusqu’au mois d’ octobre, la situation est sauvée. Je peux, au nom du Roi, prendre vis à vis de vous l’engagement de rendre à M. Liedts sa liberté au mois d’octobre. N’y a donc un sacrifice qui consiste dans trois mois de vacances. Ce sacrifice, quelque léger qu’il soit, sauve tout. J’ai insisté près de M. Liedts sur ceci : que sa qualité de Président de la Chambre rend cet arrangement possible, parce que la difficulté de résoudre sans lui la question de la Présidence fera de sa retraite du ministère une chose toute naturelle.

Je prends donc vis à vis de vous au nom du Roi cet engagement formel aujourd’hui.

Il y a donc d’un côté une position des plus menaçantes pour le pays et pour le Roi. De l’autre il y a le sacrifice de trois mois de vacances. Je ne peux croire, Madame, que vous même n’envisagez pas la question comme nous.

Agréez, je vous prie, Madame, mes hommages respectueux.

Jules Van Praet

Bruxelles, 18 juin 1845